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Au Nord c'était le Néron, au sud c'était les wagons. Flash back, retour aux sources, travelling arrière réussi. Je vous avais laissé au bord de l'aire de jeux de mon premier tournoi. Ce jour magnifique et sanctifié ou la lumière du Dieu Rugby me frappa en plein cour. La promiscuité de mon frangin porteur du germe initiale, eut des effets de grippe aviaire ovale, j'étais contaminé. En ces années 70, la contagion fut totale. Le foyer infectieux débuta dans notre cuisine, au cour de discussions interminables sur les rebonds invertébrés d'une ogive insaisissable que l'équipe de France allait essayer de dompter. Au bout de quelques mois, et ce grâce ou à cause de mon cadeau d'anniversaire (un ballon de rugby), l'épidémie fut générale. Toute la jeunesse garçonnière de mon immeuble était infectée. Le bâtiment où nous habitions, se situait à la Buisseratte, « l'immeuble blanc », le plus haut de tout ce quartier besogneux, onze étages, toisés d'un côté par la falaise imposante d'un « empereur romain », le Néron, masse calcaire monumentale qui semblait vouloir nous avaler. De l'autre la gare de triage, son bruit permanent, les wagons lancés par une micheline, finissaient leur course solitaire contre les tampons de leurs frères déjà assemblés. Le son mat et incessant raisonnait contre les murs, une impression de battement vitale, comme si les âmes de tout cet endroit dépendaient de l'énorme cour qui cognait ici. Au milieu de cette population ouvrière et footballeuse, notre « bateau blanc » semblait une île au milieu de l'océan, un ou deux réfractaires issus de la cité Merger nous avaient rejoints. Les adeptes de notre secte avaient rendez-vous le samedi, en début d'après midi. Là, mon père était réquisitionné. La voiture de mon père ! La 403 Peugeot ! Voiture emblématique familiale. Mon paternel n'a eu que des 403 (j'exagère un peu ). A chaque fois qu'il en changeait, la suivante était plus pourrie, une catastrophe. En attendant, son vieux break embarquait dix à quinze braillards heureux comme des évêques qui se seraient trimbalés en papa mobile, direction l'entraînement pour une après midi en or sertie de rugby. Quand j'y repense, mon géniteur avait une belle dose d'inconscience, voire d'insouciance ou tout simplement de générosité. Les samedi de Tournoi des cinq Nations, l'histoire était toute différente. Pas question de faire bouger mon daron, nous non plus d'ailleurs ! L'entraînement était suspendu, et notre esprit en attente, en espérance d'images de notre équipe de France valeureuse et mythique. Le flamboyant R.Couderc nous la rendait encore plus belle, on hurlait avec lui, on plaquait avec elle. Dès la fin du match, nos tronches fleurissaient aux balcons, les sifflets de ralliement raisonnaient contre la façade, trois minutes après nous étions dans la cour, près à faire notre entrée dans « Larm's Park ». Nous refaisions le match, la bataille était terrible pour savoir qui aurait le coq sur le cour. Bien souvent, c'est le tirage au sort qui désignait les traîtres. Nombres de fois, je me suis retrouvé, avec le maillot de JPR.Williams ou celui de G. Edwards Une fois la déception passée, je relevais la tête, et tout d'un coup, j'entendais les cours gallois, les larmes me montaient aux yeux, mes rouflaquettes se mettaient à pousser. Notre stade était immense, 30 mètres par 20, comme lignes de touche : d'un côté, une murette haute de cinquante centimètres( limite de terrain responsable de nombreux KO), de l'autre, une rangée de bagnoles. Les pancartes « pelouses interdites » matérialisaient les embuts. Les débordements étaient suicidaires, les défenses intraitables. Nous jouions avec une hargne incroyable, l'engagement était total, les pugilats fréquents. Nous finissions ces « remake » à la nuit tombée, à la lueur de lampadaires cotonneux qui n'éclairaient plus que nos chaussures. C'est l'arbitrage maternel, qui hurlait la fin du match. Quand elles étaient plus de trois à s'égosiller, nous savions que la messe était dîtes. Nous échangions nos maillots virtuels, un serrage de pognes de gladiateurs et nous prenions la fuite, redoutant nos mères plus qu'un entraîneur. En ces temps lointains notre misère était grande, pas de téléphone portable, pas de jeux vidéo, inconnu le MP3, et autre play station. Nous n'avions pour toute religion, que nos guiboles squelettiques, notre soif d'espace et un ballon de rugby. Il me semble, mais peut être est-ce la déformation du temps, que nous étions plus libres, des rêves plein la tête, mais plus naïfs certainement. Une fin d'après midi hivernale, je frappais un immense drop à l'aide de mon cartable, celui-ci monta ci haut qu'il s'accrocha au firmament étoilé. Il y brille encore, tout comme mes études qui ne sont jamais retombées ! |